Voici deux exemples récents qui confirment, s'il en était encore besoin, la fascination durable de la série Chapeau Melon & Bottes de Cuir dans la culture populaire. Elle s'applique ici à l'esthétique (et également au titre, pour l'un) d'albums produits par 2 groupes très différents dans le style et dans l'origine, preuve d'universalité de The Avengers !

Commençons par le plus ancien de ces disques (2010, ressorti en mars 2012 avec 2 bonus), signé du groupe français Elliott M., qui s'intitule sans complexe "Elliott M. présente John Steed & Tara King":

ElliottMHélas, si la couverture reprend une maquette d'inspiration "sixties", comportant des parapluies "steediens", c'est la vraie... douche froide à l'écoute des chansons qui déçoivent tant par les thématiques que par le style musical qui n'ont rien à voir avec l'univers de nos héros so british, même le titre qui donne son nom à l'album, un comble ! Sans vouloir accabler ce groupe de "pop française", en soit "honnête" (et qui pourra plaire sûrement aux amateurs de ce genre, pour le moins flou et fourre tout...), ni douter de l'intérêt réel de ses membres pour la série CM&BdC, il n'empêche que cela s'apparente à de la tromperie sur la marchandise !

Cet exemple de "communication mensongère" n'est malheureusement pas unique (à noter que cette pratique honteuse est d'ailleurs particulièrement répandue en  France) : on ne compte plus les publicités, affiches, clips, qui reprennent sans vergogne de l'imagerie rétro (de qualité et ayant fait ses preuves) pour attirer le chaland, et pour masquer la vacuité de ce qu'ils sont censés promouvoir. Pour leur défense, ils se contentent souvent de parler d'"hommage"... On s'en passera volontiers ! Pour ma part, je trouve déplorable cette confusion des genres qui entache plutôt les modèles de référence. 

Passons à un contre exemple avec l'excellent groupe instrumental finlandais The Dangermen et leur album "Meet the Men of Danger"(déc.2011): Dangermen_cvr

Ici, il y a une cohérence certaine entre le style musical et le design de la pochette. Nos Finnois d'Helsinki jouent de la surf music (genre essentiellement instrumental ayant émergé à la fin des années 50 et déferlé au début de la décade suivante, à partir notamment de la Californie, et dont le(s) son(s) spécifiques des guitares électriques et la rythmique sont primordiaux) et ces styles "satellites" (d'inspiration spatiale - avec orgue électrique - ou automobile - avec parfois des bruitages ! -)avec un souci d'authenticité remarquable.

Certes, ce n'est pas du Laurie Johnson, mais les sonorités sont bien d'époque, rappelant celles de certains morceaux du talentueux Barry Gray (compositeur notamment des fabuleuses séries d'animations anglaises des années 60 de Gerry Anderson, comme The Thunderbirds, Joe 90, Captain Scarlet,...). Sur le plan visuel, si Emma Peel/Diana Rigg est mise en avant sur la pochette, le fond psychédélique évoque une autre série mémorable, américaine, cette fois, The Time Tunnel (Au Cœur du Temps - 1966-67), de l'inventif et prolifique Irwin Allen, mais aussi les expérience graphiques d'un Jim Steranko (voir notre article : "Les Fantômes du Château D'Eath")...

Quant au nom du groupe et au titre de l'album, ils évoquent en fait un autre agent secret bien connu de la même période, John Drake, interprété par l'inoubliable Patrick McGoohan(et futur célèbre Prisonnier...), dans la fameuse série anglaise Danger Man(Destination Danger - 1960-68).

La tension dramatique et le dynamisme propre à la musique surf justifiaient tout à fait ces appellations, et le choix d'une icône féminine, plutôt que la figure d'un personnage/acteur plus en rapport (J. Drake/P. McGoohan), peut être vu comme une concession - ici pardonnable - à l'attraction supérieure qu'elle assure sur le client potentiel...!

NB : parmi les titres de ce CD, j'ai relevé notamment "Cathy's Theme"... S'agit-il de Mrs Gale ? En l'absence de paroles, le mystère demeure !

Pour en savoir plus sur The Dangermenwww.myspace.com/thedangermenfinland

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